L'idéal d'élaborer des définitions en genre et espèces, où tout serait rassemblé dans un arbre
sémantique univoque, idéal vainement poursuivi depuis l'invention de la logique avec Aristote, reste
encore utopique. Les matériaux sont là... dans les dictionnaires analogiques, qui rassemblent les
mots par thèmes, sans les définir. Par exemple le récent Thesaurus de Larousse.
L'ensemble du vocabulaire commun, non spécialisé, y est réparti en groupes de quelques
centaines de termes, et en sous-groupes d'une dizaine environ, autour d'un seul élément de sens
(qui reste implicite). Véridique, par exemple, se trouve avec vrai, avéré, et véritable (mais sans
autre indication qui les distinguerait du reste). Veine est à quatre endroits : comme vaisseau
sanguin, au sens de "chance", en géologie et en botanique. Ce dernier regroupement contient des
mots aussi variés que feuille, graine, stomate, cuticule, lobe, et duvet. Il n'est pas indiqué de
terme générique ou de catégorème plus précis que celui de botanique. Le thème des groupes
apparentés est fleurs (au pluriel) mais à partir de là, on se trouve dans un tableau général complet
de 873 thèmes, ramifiés. Dans ces ramifications, fleurs voisine avec fruits et arbre, champignon
et algues sous le générique de plantes. À son tour celui-ci voisine avec animaux sous le
générique de la vie. À son tour, la vie partage avec le mouvement et la matière le privilège de
diviser le monde et l'on se trouve alors à la base de l'arbre classificatoire, composé de trois troncs:
le monde, l'homme et la société. Rien ne dit que d'autres chercheurs eussent opté pour les
mêmes idées générales synthétisantes.
Pour arriver aux définitions, ne faudrait-il pas commencer par se donner une classification
assez générale? Ou bien serait-ce les sèmes spécifiques qui nous manquent le plus? Que penser
de ce que Buffon propose pour définir la spécificité en zoologie?
L'âne paraît n'être qu'un cheval dégénéré. La parfaite similitude de conformation
dans le cerveau, les poumons, l' estomac, le conduit intestinal, le coeur, le foie,
les autres viscères, et la grande ressemblance du corps, des jambes, des pieds et du
squelette en entier, semblent fonder cette opinion. (...) Si l' on considère les
différences du tempérament, du naturel, des moeurs, du résultat, en un mot, de
l'organisation de ces deux animaux, et surtout l'impossibilité de les mêler pour en
faire une espèce commune, ou même une espèce intermédiaire qui puisse se renouveler,
on paraît encore mieux fondé à croire que ces deux animaux sont chacun d'une espèce
aussi ancienne l'une que l'autre, et originairement aussi essentiellement
différentes qu'elles le sont aujourd' hui, d'autant plus que l'âne ne laisse pas de
différer matériellement du cheval par la petitesse de la taille, la grosseur de la
tête, la longueur des oreilles, la dureté de la peau, la nudité de la queue, la
forme de la croupe ; et aussi par les dimensions des parties qui en sont voisines,
par la voix, l'appétit, la manière de boire, etc... Voir
http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-87764
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