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EXPLICATION DE TEXTE

Baumgartner, son associé, s'étant volatilisé en emportant de précieuses antiquités, Ferrer le recherche vainement. Dans une salle d’attente, il feuillette un illustré. «Une double page au centre proposait la photo d’une super-star flanquée de sa nouvelle conquête à l’arrière-plan desquels on pouvait distinguer Baumgartner. Ferrer allait tomber dans quatre seconde sur cette page et cette photo, trois secondes, deux secondes, une seconde, mais Suzanne choisissant cet instant pour surgir, il ferma sans regret l’hebdomadaire.» (Jean Echenoz, Je m’en vais, p.216-7)
    Compte à rebours tant soit peu bizarroïde, qui met en relief l’hésitation d’un meneur de jeu. «Vais-je le mettre tout de suite sur la piste? Précipiter la conclusion? Le lecteur ne devrait-il pas être tenu en haleine encore quelques heures? Dois-je ou ne dois-je pas lui faire sentir que je joue avec son espoir de fin heureuse? Que je ne le déçois que pour mieux le combler?» Original, tout de même!
    Le nouveau roman a beaucoup modulé sur l’énonciation (relation auteur-lecteur). Aujourd’hui, trouvez-vous que ce genre de texte fait vieux jeu? Est-ce encore moderne ou déjà dépassé?

Ceux qui envoient leur réponse reçoivent une proposition et parfois un courriel adapté à leurs questions.

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Lecture précédente.

Nick s’allongea dans le lit, la tête dans l’oreiller. «J’ai le coeur brisé, se dit-il. Du moment que je me sens comme ça, c’est que j’ai le coeur brisé.» (E. Hemingway, Dix Indiens, dans les Neiges du Kilimanjaro, p.59) Il vient d’entendre son père raconter qu’il a vu avec un autre garçon la petite indienne dont il est amoureux.
   Évidemment, le coeur brisé, c’est l’expression consacrée (en anglais comme en français). Mais c’est aussi la première fois que le jeune garçon éprouve une peine d’amour. Il répète la formule. Est-ce à cause de sa fierté de découvrir un sentiment de jeune homme? Ou simplement par incapacité de le dire mieux, de le décrire davantage? Ou encore, parce qu’il prend ces mots-là au pied de la lettre, au sens médical, ne sachant pas trop qu’ils sont à entendre au figuré, et parce que ce qu’il sent dans sa poitrine l’inquiète?
   Le roman n’a-t-il pas cet avantage de permettre de telles nuances, d’entrer dans la psychologie des personnages, d'y creuser de plus en plus loin, comme le fait Proust?

CORRIGÉ EXEMPLATIF
Nick ressent réellement quelque chose de physique («du moment que je me sens comme ça») et la suite du récit nous rassure: Nick est encore capable de penser à ce qui se passe autour de lui, il oubliera progressivement. Déjà le lendemain matin, il ne ressent plus tout de suite sa douleur. Ce sont des maux qui ne reviennent que quand on y pense. Douleur morale. L’expression coeur brisé est bien à prendre au figuré.
    Les personnages, dans le roman d’Hemingway, ne sont pas seulement les actants d’un drame. Le narrateur est l'auteur mais présent au même titre que ses personnages. Il parle d’eux comme de gens qu’il a connus, avec lesquels il a été en empathie, même quand ce sont des enfants ou des vieillards. Ils peuvent fort bien n’avoir que des sentiments archi-connus, et bien intentionnés. On se met à les aimer sans difficulté.

CONSEILS

Sur feuille libre, noter ses réactions illico, telles quelles, sans peaufiner. On pourra les retravailler quand on les transcrira dans la fenêtre prévue. Citer les passages litigieux pour les critiquer. Se poser les questions habituelles: qui parle ( l'auteur ), dans quel but ( visée ), sous quelles formes ( genre littéraire ), avec quels arguments et quelles preuves ? Analyser, fouiller dans l'index de la CLÉ sur les mots utilisés dans votre analyse, de façon à la pousser plus loin.

Clé des procédés.

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