Comme chaque matin, avant de se rendre en un des lieux où son travail l'appelait, Madeleine vérifia dans le miroir de l'entrée la bonne ordonnance de sa tenue, se fit un sourire figé, puis, ayant passé en revue le contenu de son sac, sortit. Elle fut quelque peu surprise par la densité du brouillard. En hiver, elle ne prenait jamais la peine d'ouvrir ses tentures et si elle avait bien remarqué que le jour était spécialement falot, elle ne s'était pas attendue à cela.
Madeleine devait se rendre dans un coin de banlieue assez éloigné et, vu les conditions météorologiques, elle pensa qu'il serait préférable de remonter appeler un taxi plutôt que de perdre un temps précieux entre les correspondances des différents transports en commun. Au moment où elle tentait d'introduire la clef dans la serrure, opération rendue hasardeuse car elle ne voyait pas bien sa main à travers la densité du voile opaque, un klaxon de voiture la fit sursauter et elle lâcha son trousseau. Pestant contre l'opportun, elle se baissa autant que son tailleur étriqué le lui permettait et tâtonna à la recherche de ses clefs. Le chauffeur réitéra ses appels sonores et c'est le rouge aux joues que Madeleine se retourna, d'autant plus furibarde qu'elle avait accroché un de ses bas à la descente de la gouttière. Elle vit alors la silhouette d'un taxi qui l'invitait à monter, sa porte arrière déjà ouverte. Elle leva les yeux au ciel, tant pour le remercier que lui faire comprendre qu'il y avait peut-être d'autres manières de s'y prendre, même si ses voix sont toujours impénétrables. Elle hésita entre la recherche de ses clefs et le véhicule dont le chauffeur s'impatientait, faisant vrombir son moteur. Poussant un soupir pour la forme, elle décida que le brouillard avait beaucoup de chance de perdurer jusqu'à son retour et que nul ne pourrait apercevoir le trousseau et encore moins le lui dérober... Que risquait-elle? De toute façon, Madame Michaux ne quittait jamais sa loge et son appartement était protégé par un système à code secret.
S'asseyant précautionneusement, elle n'eut même pas le temps de fermer la portière tandis que le taxi démarrait en trombe. Serrant fébrilement son sac de cuir brun, Madeleine chercha en vain les mots pour sermonner le chauffard.
- S'cusez, ma p'tite dame, z'êtes pas ma seule cliente. Y a des choses qui doivent pas attendre. C'est bien au Square des Innocents que vous allez?
Cela ressemblait tellement peu à une question que Madeleine préféra se caler aussi bien qu'elle le put pour amortir les chocs. Du chauffeur, elle ne distinguait que les larges épaules et la casquette sans âge très enfoncée sur les yeux. Le brouillard, dont elle aurait juré qu'il s'était encore densifié, semblait s'immiscer dans la voiture, épaississait l'air et lui glaçait les os. Dans d'autres conditions, elle aurait demandé d'augmenter le chauffage, mais elle savait que c'était peine perdue. S'il n'y avait eu le ballottement dans les virages, les cahotements dus aux rues défoncées et quelques coups d'avertisseur fugitifs et rageurs, elle aurait juré qu'ils n'avaient pas bougé d'un iota. Pourtant l'homme annonça:
- Z'êtes arrivée, ma p'tite dame.
Par réflexe, elle sortit son porte-monnaie, mais le zigue, sans même prendre la peine de se retourner, lui fit signe de rengainer.
- Z'avez pas à vous en faire pour ça, tout est réglé!
Interdite, Madeleine regarda repartir le taxi dont la portière, comme si c'était dans la norme des choses, se claqua seule au premier virage. Du moins le supposa-t-elle au bruit sec qui ponctua le crissement des pneus.
D'un geste machinal, elle sortit son miroir de poche de son sac et inspecta minutieusement sa chevelure. Elle se dit qu'il y avait eu au moins deux miracles en ce début de matinée: elle était sortie indemne de cette course folle et son chignon avait tenu bon!
Ayant repris contenance, elle tenta de discerner où pouvait se situer l'entrée de l'établissement qui, sur sa liste, était dénommé Home Le Transit. Lorsqu'elle avait parcouru les documents, elle s'était félicitée qu'il porte un tel nom, soulignant par là la volonté de ses responsables de n'envisager le passage des patients que comme une transition vers une vie meilleure. Elle se remémora rapidement la fiche technique, le nombre de patients, de médecins et d'infirmiers et revit le plan parsemé de pavillons.
Aimant, comme elle se le devait dans l'exercice de ses fonctions, arriver à l'improviste, Madeleine aurait préféré trouver l'allée de gauche, sans passer d'abord par la direction qu'elle verrait plus tard, le cas échéant. Comme répondant à sa décision, un pan de brume s'écarta pour lui révéler le premier arbre d'une rangée serrée. Elle n'éprouva aucune difficulté à la suivre et parvint à une forme massive indistincte. Elle suivit le chemin de graviers gris et faillit s'écraser le nez sur la porte vitrée, tant elle s'était préoccupée de ne pas quitter ses pieds des yeux, au risque de se perdre.
Lorsqu'elle voulut toucher la clenche, la porte s'ouvrit, laissant sortir une bouffée de chaleur réconfortante. Sans se poser de questions, Madeleine s'y engouffra et se retrouva nez à nez avec l'infirmier de service. Il posa sur elle son regard clair et lui décocha un sourire radieux. Elle en resta pantoise. Le jeune homme était d'une beauté désarmante. Elle ne put y rester insensible, même si, mentalement, elle se proposa immédiatement d'évoquer tout à l'heure auprès de la direction les problèmes éventuels de libido exacerbée que la promiscuité avec un tel être ne pourrait manquer d'engendrer auprès de certaines patientes. Elle toussota pour s'éclaircir la voix, mais également pour profiter, sans se l'avouer, du spectacle du jeune athlète aux longs cheveux blonds bouclés, aux yeux lagons et aux dents de perle.
- Je suis...
- Mais entrez, madame Chapiez, je vous attendais, fit-il en s'effaçant
- Comment? Vous savez qui je suis? Qui vous a prévenu de ma venue? C'est contraire à toute déontologie et je crains forts que...
- Ne vous inquiétez pas, chère madame, votre réputation est parvenue à mes oreilles et j'aurais pu vous reconnaître entre mille inspectrices. de plus, je peux vous certifier sur l'honneur, continua-t-il, posant d'un geste gracieux sa main sur son coeur, que rien ici n'a été modifié depuis des éternités.
Toi, mon bonhomme, si tu crois que c'est ton air engageant qui va me mystifier, tu n'es pas au bout de tes surprises, pensa-t-elle.
- Très bien, si vous le permettez, je vais me rendre compte par moi-même.
- Naturellement! Veuillez me suivre, je vous prie.
Il tourna les talons et partit tellement rapidement que Madeleine dû presser le pas pour le rattraper. Elle n'eut pas le temps de lui en faire la remarque car il enfilait les couloirs à une allure impressionnante, comme s'il en coupait les coins.
Cette épreuve la mit d'encore plus méchante humeur. Elle foudroya l'infirmier du regard dès qu'il s'arrêta.
- Veuillez m'excuser de la longueur du trajet, mais à cette heure, tous nos patients sont réunis dans la salle commune. Il ouvrit une porte et lui fit signe d'entrer.
- Si vous avez besoin de quoique ce soit, il vous suffit de m'appeler. Mon nom est Gabriel.
- Mais comment...
- Appelez-moi, simplement.
Et il disparut sans crier gare.
Madeleine prit une profonde inspiration. Elle en avait déjà vu au cours de sa carrière, mais jamais on ne l'avait traitée avec autant de désinvolture. Elle usa de tout le poids de son orgueil professionnel pour se recomposer un visage de circonstance et, après avoir jeté un nouveau coup d'oeil rassurant à son miroir, elle pénétra dans la pièce.
Croyant tout à coup avoir la vue brouillée, Madeleine se frotta vigoureusement les yeux. Rien n'y fit. Elle ne distinguait toujours pas davantage la structure de la salle qui semblait purement et simplement inexistante. Au milieu d'un espace vierge, baigné d'une lumière apaisante dont on ne pouvait discerner l'origine, plusieurs dizaines de personnes s'agitaient, silhouettes plus ou moins floues ou précises, selon la distance à laquelle elles se trouvaient. Selon l'attention que l'inspectrice portait à l'un ou l'autre de ces personnages, elle s'en trouvait tout à coup très proche, sans avoir eu l'impression de se mouvoir, comme sous l'effet d'un zoom. Madeleine avait envie de hurler, mais refusa de céder à la panique, désirant préserver tant ses facultés mentales, mises à rude épreuve depuis ce matin, que le peu de prestance qui lui restait.
- Procédons avec ordre et méthode, dit-elle à voix haute, pour se rasséréner.
Devant la multitude des gens et l'aspect infini du lieu, elle se dit qu'un choix s'imposait. Mais lequel? Elle se risqua alors à demander à la cantonade, de la voix la plus posée qu'elle le put, de bien vouloir s'approcher d'elle. Aucune réaction, chacun continuait à vaquer à ses occupations. Pour ne pas se laisser démonter, elle sortit alors son calepin et entreprit de noter méthodiquement le fruit de ses investigations.
Prudente, elle s'avança au milieu des patients, prenant garde à ne pas trop fixer son attention sur l'un d'eux en particulier, de crainte de revivre le même phénomène désagréable de proximité immédiate. Elle fut néanmoins attirée par un représentant des forces de l'ordre qui semblait en plein exercice de ses fonctions. Comme planté au milieu d'un carrefour, il réglait imperturbablement une circulation inexistante, si ce n'étaient les autres personnes dont aucune ne prenait ses injonctions en considération, sans que cela le perturbe. Ayant acquis quelque expérience à force de côtoyer des cas pathologiques, Madeleine décida de ne pas aborder l'homme de front. Elle afficha le plus avenant des sourires qu'elle possédait à son catalogue professionnel et s'enquit:
- Il y a beaucoup de trafic aujourd'hui?
Le policier lui lança un regard mauvais et répondit laconiquement:
- Circulez, y a rien à voir.
Puis, il reprit ses gesticulations, ponctuées de temps à autres par un coup de sifflet.
Ce n'était pas tant par réel goût de l'uniforme que par la recherche de rassurants points de repères dans ce monde incohérent que Madeleine se dirigea ensuite vers un militaire au teint basané et à la belle prestance. Elle allait ouvrir la bouche quand elle estima qu'il était sans doute vain de tenter une quelconque prise de contact. Dès la première rebuffade elle avait compris que chacun ici vivait dans son propre monde sans subir l'interférence de celui des autres. Elle observa donc l'homme qui, comme se tenant sur un balcon, saluait d'abord de très larges signes de la main, avant de se mettre au garde-à-vous comme s'il entendait quelque hymne national. Tout à coup, le dictateur se mit à haranguer une foule invisible dans une langue aux consonances exotiques dont elle ne saisit pas un mot, mais dont le ton impératif ne laissait plus aucun doute quant au rôle qu'il était en train d'incarner.
Madeleine soupira. Elle avait fréquemment rencontré de ces fous qui se prenaient pour un personnage historique de quelque importance, mais ici, elle n'avait pas le sentiment qu'il s'agissait de cela, sans qu'elle puisse encore en expliquer la raison. C'est à ce moment qu'elle fut bousculée par un gamin qui passait à toute allure en patins à roulettes. Que faisait ce gosse ici? L'établissement, d'après ses renseignements, était de classe A et ne devait accueillir que des adultes. Elle s'empressa de consigner cette infraction dans son carnet.
Un bel homme aux tempes grisonnantes et en habit attira alors son attention. Sans le vouloir, elle se retrouva auprès de lui avant d'avoir eu le temps de s'y rendre. Après tout, si cela peut me faciliter la vie, conclut-elle, il vaut peut-être mieux profiter de ce curieux phénomène de déplacement instantané. Elle nota néanmoins de demander quelques explications à cet égard. Une baguette à la main, le maestro dirigeait un orchestre qu'il était le seul à entendre et rien n'aurait pu le détourner de sa concentration extrême. A ses pieds, totalement indifférent, un homme à genoux cimentait des briques invisibles avec une telle application qu'il tirait la langue. Elle trouva réellement surprenant qu'un homme eût pu s'identifier à un simple ouvrier dans l'exercice de son métier. Celui-là au moins ne semblait pas atteint de mégalomanie!
Par contre, ce play-boy sur le retour aux cheveux gominés et maquillé de telle façon qu'il semblait revenir de vacances, n'avait pas l'air de douter d'être sorti de la cuisse de Jupiter. Avec un accent américain d'une vulgarité insoutenable, il mimait la passion du Christ et invitait les téléspectateurs à lui verser leurs aumônes pour le salut de leurs âmes. Madeleine haussa les épaules et continua sa visite. Se déplaçant à nouveau normalement, elle faillit buter sur un déchet humain, vêtu de guenilles et dégageant une odeur infecte. Pourtant, si on en croyait son sourire béat, il baignait dans la plus douce des félicités. Encore un drogué, se dit-elle, passant son chemin. Puis, s'avisant du lieu où elle était, elle inscrivit fébrilement qu'il faudrait peut-être revoir les doses de sédatifs lorsqu'elle vit l'être loqueteux mimer l'injection d'un produit stupéfiant. Elle ajouta alors un grand point d'interrogation à côté de sa dernière note.
Ce fut alors une des rares femmes qu'elle avait aperçues jusqu'à présent qui capta son attention. Habillée de façon assez semblable à celle de Madeleine, elle prenait une mine compassée pour énumérer les souffrances rédemptrices de Notre Seigneur, s'adressant visiblement à un auditoire estudiantin. Au bout de quelques minutes, le professeur de religion s'arrêta, puis elle fit l'appel de ses élèves et reprit son discours là où elle l'avait commencé. A ce moment, une petite dame frôla Madeleine. Elle s'arrêta à sa hauteur, mais lorsque l'inspectrice voulut lui adresser la parole, la vieille regarda à gauche et puis à droite avant d'entreprendre ce qui paraissait être la périlleuse traversée d'une chaussée. Animée par une soudaine inspiration, Madeleine la prit par le bras et l'aida à faire son chemin. Arrivée à ce qui devait être l'autre côté de la route, la petite dame ouvrit soudain des yeux tout ronds et fondit en larmes dans les bras de celle qui n'avait voulu que son bien, sanglotant de longues minutes. Puis, elle lui lança un long regard reconnaissant et elle s'évapora littéralement, laissant pourtant des traces humides sur le revers du tailleur de Madeleine.
Elle était prête à s'effondrer, ne comprenant plus quel rôle elle jouait dans ce monde de non-sens. Elle faillit appeler Gabriel pour qu'il la sorte de là, car, naturellement, elle ne voyait plus aucune trace de la porte, mais après avoir pris une profonde inspiration, elle poursuivit courageusement sa quête. C'est ainsi qu'elle croisa un Indien amazonien qui grimpait avec agilité le long de lianes, tout en envoyant des flèches grâce à sa sarbacane. Puis, ce fut le tour d'un homme aux habits élimés qui creusait sans relâches un trou dont Madeleine eut peur d'imaginer à quoi il allait servir. Vint ensuite un mafioso qui allumait un cigare aux proportions démesurées avant de s'effondrer face contre sol. L'instant d'après, il était à nouveau assis sur le vide et tout recommençait. Un groupe de plongeur en tenue passa en nageant à sa hauteur, tandis qu'un jeune garçon, une casquette à l'envers sur la tête dansait au rythme de la musique du walkman qui lui cachait les oreilles. Un alpiniste entreprenait l'ascension d'une montagne sans s'apercevoir que son mousqueton de sécurité était ouvert. Madeleine voulut le lui faire remarquer, mais au souvenir de l'expérience avec la petite vieille, elle se ravisa, se disant qu'il ne risquait de toute façon rien ici. Ce fut exactement à ce moment là qu'il passa verticalement à côté d'elle en une interminable chute libre...
Comme tétanisée, Madeleine ne réagit même plus à cet événement aussi incongru que dramatique et, hébétée, elle parcourut des yeux l'assemblée. Un moine bouddhiste éthique méditait dans un coin, les yeux mi-clos et un sourire figé au coin des lèvres. Elle tendit la main vers lui et toucha délicatement son visage. Sa peau était déjà parcheminée comme celle d'une momie. Un motard casqué la dépassa en trombe avant de rouler par terre et de rester quelques minutes étendu avant de reprendre sa course échevelée. Pourtant, Madeleine n'était pas au bout de ses découvertes. Elle croisa encore un astronaute en tenue qui rebondissait comme en apesanteur, tandis qu'une rock star reprenait de sa voix rauque un refrain qu'elle reconnut sans pouvoir vraiment l'identifier. Il y avait longtemps qu'elle avait renoncé à prendre des notes autant qu'à s'étonner encore de quoique ce soit, mais ce n'est pas sans un dégoût certain qu'elle découvrit un homme nu dans un état d'excitation évident mimant une copulation endiablée avant de s'effondrer, comme repus.
S'éloignant de l'endroit où se concentraient la majorité des patients, elle tomba nez à nez avec un vieillard en robe longue dont le visage était noirci de fumée. Il lui lança un regard qui fit comprendre à Madeleine que, mis à part la petite dame, il était le seul à l'avoir réellement vue. Passant sa main dans sa longue barbe, il lui murmura:
- Vous aussi, vous avez découvert le secret? Puis il partit d'un rire hystérique et se fondit dans le décor.
Madeleine se proposait d'appeler enfin Gabriel lorsqu'elle croisa un bébé flottant dans les airs et dormant paisiblement. Interdite, Madeleine écouta le petit gazouiller dans son sommeil, puis émettre un petit râle avant de rester silencieux quelques instants, recommençant ensuite son cycle pourtant immobile. Cette fois, les larmes montèrent bel et bien aux yeux de l'inspectrice. Ce fut alors sans étonnement qu'elle aperçut, assise dans un halo plus sombre une femme tout de noir vêtue qui filait de la laine avant d'en couper le fil. Madeleine vint s'asseoir à ses pieds et regarda patiemment le fil se dévider, puis disparaître de l'écheveau dès qu'il était rompu. Elle se laissa aller et pleura doucement tout son saoul avant d'appeler Gabriel d'une voix faible.
Celui-ci se trouva instantanément à ses côtés.
- Êtes-vous satisfaite de votre visite, chère Madame? lui demanda-t-il sans oser lui sourire devant sa mine déconfite.
- Si l'on veut, mais je ne comprends pas pourquoi vous ne m'avez rien dit lorsque je suis arrivée.
- Auriez-vous accepté ou même compris mes paroles?
Madeleine secoua la tête en signe de dénégation.
- Vous voyez bien, fit-il avec en la prenant contre lui, consolateur. Venez, maintenant, votre place n'est plus ici.
- Mais eux? dit-elle d'une voix tremblante.
- Vous savez très bien que nul n'a la possibilité d'interférer dans leur destinée. Il leur faut parfois du temps pour admettre leur mort brutale souvent prématurée. Je dois vous avouer que vous m'avez beaucoup étonnée lorsque vous avez aidé Madame Pertuis à traverser tout à l'heure, nous désespérions de la voir jamais s'en sortir. Elle était une de nos plus vieille pensionnaire, mis à par cet alchimiste qui, lui, vient et repart à son gré, se satisfaisant visiblement de ce seul jeu. Venez, à présent. Je crois que vous désiriez voir la direction.
Madeleine lui lança un regard interrogateur.
- Est-ce encore bien utile?
- Naturellement! vous savez, ici aussi, il y a certaines formalités auxquelles il faut se plier.Allez savoir pourquoi, Madeleine se sentit tout à coup un peu moins désemparée...
